On commence à le savoir, le Brésil s’est mieux sorti de la crise mondiale que d’autres, grâce notamment aux programmes de redistribution sociale des fruits de la croissance comme la bourse famille. Ce dernier a permis de sortir de la pauvreté absolue 30 millions de personnes depuis 1994, soit 1/6 de la population actuelle. L’arrivée sur le marché de ces nouveaux consommateurs a permis de soutenir l’économie brésilienne qui a ainsi pu traverser la tourmente de l’automne 2008 sans trop de dégâts. Ils forment aujourd’hui une classe moyenne qui dépasse le 50% de la population du pays.

Mais qui sont-ils, ces nouveaux chalands ? Quel est leur poids dans la constitution du Produit National Brut ? La revue Epoca vient de consacrer un numéro spécial à la radiographie de cette classe moyenne émergente qui fait flamber l’industrie des biens de consommation les plus populaires comme les frigos, les téléviseurs ou les voitures. Son diagnostic est clair : ce sont 620 milliards de R$ supplémentaires (365 milliards de CHF / 235 milliards d’euros) qui sont dépensés en achat cette année.

Recherche petit lit 2 places et plus d’espace désespéramment …

« Dione, 37 ans, recoiffe d’un coupe de main rapide sa fille. Toutes deux sont assises sur le sofa du salon, dans une modeste maison de la périphérie nord de Sao Paulo. 9 personnes s’entassent dans ce 3 pièces exigu. La vie quotidienne s’écoule entre les repas pris en commun et les vidéos de You Tube visionnées sur l’un des 2 ordinateurs du foyer. Pour manger, tous ne peuvent se mettre à table en même temps. Pas assez d’espace… Mais comment élargir la maison ? Le seul trésor de Dione : des dizaines de paires de chaussures entassées dans une grande armoire. « C’est mon péché mignon depuis quelques temps… »

Non loin de là, Wagner cherche un lit de couple suffisamment petit pour tenir dans sa chambre à coucher. « Impossible de trouver ça dans les magasins de meubles. J’ai dû recourir à un menuisier qui me le fait sur mesure. Mais je préfère, la qualité est meilleure. » Mauro, lui s’apprête à se rendre à l’Université. Il a réussi à passer le concours d’entrée pour devenir technicien. Du coup, il s’est offert une voiture pour faire les trajets. Dione Wagner et Mauro financent toutes leurs nouvelles richesses à crédit.

Ils incarnent parfaitement la nouvelle classe moyenne. Celle qui est issue des retombées de la croissance et qui se débat entre des vieux frigos remplis de surgelés de supermarchés, ou des ordinateurs qui chevauchent des lits trop entassés, surmontés d’étagères vieillottes remplies de parfums de marque. Ces nouveaux consommateurs sont en pleine transition entre le bric à brac de la débrouille informelle et les produits de grande consommation « made in China ». Leur nombre a grossi de 26 millions ces cinq dernières années et ils forment aujourd’hui plus de la moitié de la population brésilienne. Pour la première fois dans l’histoire du pays !

Une mutation énorme.

On a peine à réaliser, en observant la foule qui se bouscule dans les magasins d’électro-ménagers, devant les stands de téléphones portables ou les échoppes de confection, qu’il y a quelques années encore, ces mêmes personnes pouvaient tout juste à s’offrir le minimum nécessaire pour assouvir leur faim. Aujourd’hui leur revenu mensuel s’échelonne entre 500 et 4’000 R$ (290 à 1’100 CHF / 190 à 750 euros), c’est 40% de plus qu’il y a 7 ans.

« Cette augmentation a injecté dans l’économie plus de 100 milliards de R$ » calcule Haroldo Torres, économiste spécialisé sur l’analyse des comportement des différentes classes sociales. 100 milliards de R$, ce sont 60 milliards de CHF ou 38 milliards d’euros, un pactole significatif pour faire tourner la machine économique au moment où les rouages se grippent. Mais aussi un allègement significatif pour les budgets sociaux : 26 millions de personnes qui deviennent financièrement autonomes, c’est autant de charges d’assistance en moins pour le budget de l’Etat.

L’irruption de ces nouveaux consommateurs sur le marché est sans doute l’élément déterminant qui contribue aujourd’hui à stimuler la croissance du pays. Une croissance qui pourrait atteindre 4,5% l’an prochain. Car contrairement à d’autres, l’économie brésilienne repose majoritairement sur le dynamisme de son marché intérieur. Donc sur la bonne santé d’une classe moyenne vigoureuse. Les investisseurs étrangers l’ont bien compris, qui concentrent maintenant leurs investissements sur les secteurs fabriquant ou important des produits de consommation de masse.

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