La nouvelle est tombée mi-septembre: la mine d’or de Serra Pelada va rouvrir, elle contient encore dans ses entrailles, l’équivalent de 3 milliards de R$ de métal précieux (1,75 milliard de CHF / 1,15 milliard d’euros). On se souvient peut-être des terribles photos faites par Sebastiao Salgado et Peter Frey, au début des années 1980, de ces milliers de forçats remontant la terre et ses paillettes d’or du fond de cet énorme trou creusé en pleine forêt amazonienne.

Serra_Pelada_garimpo_1983

On ne reverra pas la fourmilière sous humaine de ce temps-là. La mine est désormais noyée au fond d’un lac rempli d’une eau saturée de mercure. L’activité d’orpaillage n’y est plus possible. L’exploitation sera mécanisée, à charge de la SPCDM (Serra Pelada Companhia de Desenvolvimento Mineral), une joint-venture entre la coopérative des anciens chercheurs d’or et la Colossus Minerals Inc., une entreprise canadienne.

lacBeaucoup de laissés pour compte…

La SPCDM va investir 100 millions de US$ pour relancer l’exploitation qui devrait commencer en 2011 et durer 8 ans. Mais peu des anciens « garimpeiros » y trouveront leur compte. Même ceux qui végètent encore sur place. La mécanisation crée peu d’emplois. Maurício Monteiro leur a rendu visite pour le compte de l’Observatorio das Favelas. Il a rapporté des témoignages poignants de ce voyage.*

« Nous sommes comme des bœufs sous leur joug, résignés et vaincus ». Daniel Pereira a 50 ans, cela fait 25 ans qu’il vit à Serra Pelada. D’un regard nostalgique, il contemple la surface calme et lisse du plan d’eau au fond duquel sont enfouies ses illusions perdues. Daniel Pereira a participé à la première ruée vers l’or, entre 1980 et 1983,  lorsque des dizaines de milliers de gens ont retiré 30 tonnes de pépites et de paillettes de la boue arrachées aux entrailles de la terre et remontées à la surface. Le trou avait alors 90 mètres de profondeur et la superficie d’un terrain de football.

Daniel Pereira est l’un des 6’000 qui sont restés, dans l’espoir de reprendre un jour l’exploitation. Malgré les difficultés. Car à la Serra Pelada, l’association entre misère et violence est plus évidente qu’ailleurs. La vie d’Amadeus Fernandes, 48 ans, originaire du Ceara dans le Nord-est résume ce binôme maudit : il est arrivé à 25 ans, en 1980, et a travaillé 3 ans comme porteur, remontant à la surface, sur des échelles branlantes des sacs de terre de 50kg toute la journée. Payé au pourcentage d’or trouvé. Fernando a touché le jackpot, la concession sur laquelle il travaillait a fourni 500kg d’or!

…et une lourde dette sociale.

24088f13408669Il a réinvesti ses gains dans la mine et tout perdu tout lors de sa fermeture. Il s’accroche, mais il lui faudra attendre 1994 pour revoir la couleur de l’or : 70 grammes, retirés d’une concession qu’il exploite avec un ami. Pas de quoi s’enrichir, mais suffisant pour réveiller la jalousie des autres : Fernando se fait poignarder 3 fois dans son sommeil à cause des rivalités. Aujourd’hui, il apprend que la réouverture de la mine ne sera pas pour lui…

Loin d’être cet eldorado espéré, Serra Pelada a exacerbé les tensions sociales. Les revenus tirés de l’or par les garimpeiros se sont évaporés durant les années d’hyperinflation. Avec la fermeture de la mine, des milliers de miséreux se sont retrouvés sans alternative. « D’un jour à l’autre, il n’y a plus eu ni travail ni ressource à Serra Pelada, se rappelle Daniel Pereira. Je suis même incapable de dire de quoi nous avons vécu pendant toutes ces années. »

De la misérable vente de fruits et légumes que nous cultivons sur place, mais la terre est pauvre », complète José Lopes, qui tient une petite épicerie. La plupart des habitants ont entre 40 et 70 ans, ce sont en majorité des hommes seuls et le taux d’analphabétisme avoisine les 25%. A quelques dizaines de Km de la Serra Pelada, Curionopolis, ville champignon surgie de la fièvre de l’or est un coupe-gorge rempli de prostituée dont beaucoup ont à peine 12 ans. A ce jour, aucun programme social gouvernemental n’est venu soulager la misère de ces laissés pour compte.

Un maigre espoir

www.marcelomin.com.br  www.fotogarrafa.com.brAvec la probable réouverture de la mine, les choses pourraient changer : Vale, première compagnie sidérurgique du Brésil, qui exploite le gisement de Carajas tout à côté et à qui appartient le terrain de la Serra Pelada, envisage un « projet de développement social et économique de la Serra Pelada ». Qui devrait commencer par un diagnostic sociologique de la région pour établir les besoins. Ensuite, des aides seraient apportées pour stimuler l’agriculture familiale, les soins de santé et l’éducation. « Nous espérons créer à terme, 400 emplois avec ces initiatives » se réjouit Roberto Nomura, responsable des opérations.

Mais ce ne seront pas des emplois liés à l’orpaillage. La nostalgie des années de la grande fièvre de l’or perdurera…

*http://www.observatoriodefavelas.org.br/observatoriodefavelas/home/index.php

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