Déboisement en Amazonie, nouvelle détérioration ; des indiens bénéficiaires des amendes pour déboisement illégal ; restriction à l’achat de terre pour les étrangers ; un nouveau barrage-mastodonte.

desmatamento1L’institut Imazon de Bélem  tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme : le déboisement a repris de la vigueur en Amazonie au cours du mois d’août, augmentant de 167% par rapport à août 2008 ! Et ceci principalement à l’intérieur des réserves protégées. Raison de cette dégradation, selon Imazon, des facteurs saisonniers liés aux brûlis d’avant la saison des pluies, mais aussi un relâchement dans la surveillance, malgré la campagne menée par Greenpeace contre le déboisement illégal lié à l’élevage (voir Vision Brésil n°5, juin 2009). Imazon publie chaque mois un état du déboisement à partir d’observations recueillies par satellite.

Des indiens au bénéfice des amendes pour déboisement illégal.

tembeLa Police de l’Environnement de l’Etat du Para vient de procéder à la vente aux enchères de plusieurs lots d’arbres abattus illégalement, saisis depuis le début de l’année. Résultat, un bénéfice de 1,4 millions de R$ (823 millions de CHF / 540 millions d’euros) qui sera reversé aux indiens Tembés.  Cet argent sera utilisé pour reboiser, mais aussi former les Tembés aux techniques de l’agriculture biologique, de la pêche et de la chasse, afin de promouvoir une économie de subsistance respectueuse de l’environnement. Les Tembés sont 1’500, répartis en 250 familles, et vivent dans l’Alto Rio Guamá, au nord-ouest de l’Etat du Para.

Restriction à l’achat de terre pour les étrangers

amazoniaDésormais, le quota des terres aux mains de ressortissants étrangers ne pourra pas dépasser 10% du total des propriétés enregistrées en Amazonie légale. La loi actuelle les autorise à en détenir 25%. L’objectif officiel de ce durcissement, qui doit encore être sanctionné par le Président Lula, est de préserver la couverture forestière, mais dans les couloirs du Congrès, on évoque plus volontiers la sempiternelle « défense de la souveraineté nationale sur l’Amazonie ».

Il n’est pas certain que la mesure fasse effet car l’abattage illégal n’est pas particulièrement le fait d’entreprises étrangères et le fait est que la majorité des terres en Amazonie n’ont pas de propriétaire légal. La nouvelle loi ne dit rien à ce sujet. Dans le reste du Brésil, la loi reste inchangée, les étrangers ont toujours le droit d’acquérir 25% des terres en leur nom propre.

Nouveau barrage-mastodonte

xingu280608_1La course aux plus grands barrages du monde a repris. Après Itaipu (14’000 mégawatts), détrôné par le barrage chinois des Trois Gorges (18’000 MW), voici maintenant Belo Monte, sur le Rio Xingú, dans le sud de l’Etat du Para. En pleine forêt donc. Puissance prévue 11’000 MW, coût probable 30 milliards de R$ (17,6 milliards de CHF / 11,5 milliards d’euros), mise en service probable : 2014. Si ce mastodonte voit le jour ! Car le projet butte sur plusieurs obstacles.

Pas tellement à cause des oppositions : les polémiques déclenchées lors de la première présentation du projet en 2008, se sont calmées. (A l’époque, les indiens de la région avaient pris en otage et blessé à coups de couteau un des ingénieurs du projet). Aujourd’hui, la population locale est divisée. 1/3 de ceux qui devront être déplacés par la montée des eaux soutient le projet, 1/3 n’a pas d’opinion et 1/3 s’y oppose, craignant que l’engloutissement des îles naturelles du Rio Xingú provoque la disparition d’un fruit, le sarão, qui sert de nourriture aux poissons et que la pêche en soit durement affectée.

Le gros des doutes vient aujourd’hui du monde financier qui s’interroge sur le coût de l’ouvrage : 10’000 ouvriers à faire venir et à nourrir pendant les 4 ans de la construction, un canal à creuser qui va déplacer plus de terre que le percement du canal de Panama, une usine électrique devisée à elle seule à 22 milliards de R$. Tout cela va rendre le prix de l’énergie produite très cher à la vente. « On ne peut pas se permettre la moindre faute dans nos calculs, dit-on au sein de l’une des entreprises susceptible de participer au projet, car 1% d’erreur aurait des effets catastrophiques vu l’importance des investissements.

BELO MONTELe gouvernement, lui, pousse à la réalisation rapide du projet, les milieux économiques sont plus réticents, tout en admettant que « des grands barrages comme Belo Monte sont nécessaires si le Brésil veut produire les 50 MW supplémentaires dont il aura besoin en 2017 ». Un raisonnement qui laisse peu de place à des choix plus innovantes et moins gigantesques.

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