« Gari » invisible ; après la Bourse-famille, la Bourse-culture ; correspondants 2.0!

gari-sorriso« J’ai fait le balayeur de rue pendant 8 ans et j’ai vécu 8 ans comme un être invisible ». Fernando Braga da Costa, psychologue social, a réalisé cette expérience, pour sa thèse de doctorat. Il voulait prouver l’existence « d’êtres invisibles », des humains sans nom. Tous les matins, pendant 8 ans, il s’est astreint à balayer les allées du campus de São Paulo, vêtu de la salopette orange typique des employés de la voirie. « Cela m’a fait découvrir ce que vaut un simple « bonjour » dans la vie de quelqu’un. »

Un « bonjour » auquel ses collègues universitaires ne répondaient généralement pas. « Mes professeurs, qui la veille me saluaient chaleureusement dans les couloirs de la Faculté passaient devant moi sans me reconnaître, simplement à cause du vêtement. » Fernando Braga a ainsi pu étayer sa thèse de l’invisibilité publique : la perception humaine, dans nos sociétés modernes, serait conditionnée par les divisions sociales. On ne percevrait que la fonction, et non pas la personne qui est derrière elle. Belle et dure leçon de vie pour ce chercheur qui dit avoir senti dans sa peau ce que veut dire « être objet et pas homme ».

« J’ai perdu ma mentalité de petit bourgeois. Mes collègues balayeurs sont devenus mes amis. J’ai fait la connaissance de leurs familles, ils m’ont invité chez eux, dans cette périphérie pauvre de la ville que je ne connaissais pas. Plus jamais je ne néglige de saluer un simple travailleur. Je veux qu’il sache que je sais qu’il existe. » Un comportement qui tranche effectivement avec l’attitude commune, ici au Brésil, d’ignorer ceux qui sont moins bien positionnés dans l’échelle sociale que soit même. L’explication la plus commune, c’est que c’est la faute à l’héritage de l’esclavage colonial.

Vraiment ? On doit quand même se demander si ce trait de comportement est si typiquement brésilien. N’est-il pas aussi trèsrépandu dans nos contrées européennes ? Vis à vis des immigrés ou des réfugiés par exemple…

Après la Bourse-famille, la Bourse-culture

139_ad_bruno_gLe gouvernement Lula poursuit sa politique de subsides aux couches les plus défavorisées de la population. Après la Bourse-famille, à objectif économique, voici la Bourse-culture qui vient d’être votée par les 2 Chambres du Parlement. Désormais, chaque employé gagnant moins de 5 salaires minimaux (1’400 CHF / 900 euros) recevra un bonus de 50 R$ à dépenser en spectacles, salles de cinémas ou librairies. Le Ministère de la Culture espère permettre un accès au savoir à 12 millions de travailleurs.

Dans la foulée, certains parlementaires veulent étendre cette Bourse-culture aux retraités de la fonction publique et aux membres de la famille des fonctionnaires de l’administration. Il en coûterait 4 milliards de R$ supplémentaires aux caisses de l’Etat. Les opposants relèvent que ls retraités de la fonction publique sont une petite minorité et qu’une très grande partie des travailleurs à revenu modeste n’ont pas de contrat de travail légal, ce qui les exclut de fait de la Bourse-culture. Le secteur économique dit « informel » représente en effet près de 60% des emplois au Brésil. Ils devraient pouvoir eux aussi bénéficier de subsides culturels, dans les mêmes termes que la Bourse-famille à laquelle ils peuvent accéder.

Correspondants 2.0

vf_capa2Le portail d’information Viva Favela, dont j’ai assuré une version française durant l’année 2008* se renouvelle en retournant à ses sources : diffuser une information émanant directement de correspondants bénévoles installés au cœur même des favelas de Rio de Janeiro. C’était le projet de départ de Viva Favela, lors de sa création en 2001. Les vicissitudes de l’expérience et le manque de moyens financiers ont obligé les responsables du site à réduire leurs ambitions. Viva Favela s’est alors transformé en une rédaction centralisée, spécialisée sur la vie quotidienne des favelas. Désormais, grâce à l’aide puissante de twitter, l’équipe va à nouveau éclater à la base, dans les quartiers où vivent et travaillent de jeunes informateurs bénévoles.

15 d’entre eux viennent d’entamer une formation journalistique dans les locaux de l’ONG Viva Rio afin de pouvoir produire et transmettre depuis chez eux des reportages multimédias qui seront mis en ligne par le petit noyau de professionnels qui continue à animer la rédaction centrale. Ils recevront un diplôme à la fin des 4 mois de cours qui leur servira de sésame pour exercer leurs talents sur leurs lieux de vie. Tout le détail de l’entreprise est sur le « twitter » de Viva Favela : http://twitter.com/vivafavela

*voir vivafavelafrance.wordpress.com,

Publicités