Tempête sur l’alcool carburant; les REDD ont le vent en poupe; en quelques lignes: pavés portugais, amiante, agro-chimiques, bus à hydrogène

cortador de canaL’éthanol ne serait pas le carburant miracle que certains imaginent. Coup sur coup, un film, 2 études et une pénurie viennent égratigner la réputation « politiquement – économiquement – socialement et écologiquement correcte » de la filière sucrière destinée à faire rouler les voitures.

Le film, c’est « Migrants », un documentaire présenté dans le cadre de l’année France-Brésil. Il évoque la destinée des immigrants du Nord-est venus travailler dans les plantations de canne à sucre de l’Etat de Sao Paulo, le principal Etat producteur d’éthanol du Brésil. Ceux qui témoignent disent devoir couper 10 tonnes par jour pour un salaire de 2,70R$ (1 euro). Impossible de rembourser le voyage, les voilà endettés à vie. La mort précoce par épuisement est souvent au bout du chemin. C’est une forme indirecte de travail esclave que dénonce la Commission Pastorale de la Terre : 2’553 travailleurs de la canne ont été « libérés » du travail esclave par les autorités en 2008.

fiat-comemora-25-milhoes-de-automoveis-flex-produzidos-no-brasilUne étude de l’Université d’Illinois, présentée à l’Université de Sao Paulo, lors d’un séminaire sur « l’impact socio-économique et environnemental de l’usage de la terre », montre par ailleurs que, contrairement aux idées reçues, tous les bio-carburants relâchent du CO2 dans l’atmosphère. Les chercheurs américains sont arrivés à cette conclusion en incorporant dans leurs calculs, un indice d’épuisement de la terre qui n’avait jamais été pris en compte jusque là. Une bataille de chiffre les opposent aux expetrs de l’Université de Sao Paulo, qui avaient conclu eux, en avril, que rouler à l’alcool émettait 73% de gaz polluants en moins que rouler à l’essence ! Détail piquants, les 2 universités sont situées au centre de régions grandes productrices d’éthanol, à partir de la canne à sucre au Brésil ou du maïs aux Etats-Unis.

Le Ministère de l’Environnement a procédé en outre à une classification du niveau de pollution émise par les véhicules circulant sur les routes brésiliennes. Les rejets de CO2 des véhicules qui roulent à l’alcool n’ont pas été pris en compte puisque, contrairement aux conclusions des chercheurs de l’Université d’Illinois,  le gouvernement considère qu’ils sont compensés par la croissance des plantes dont ils açucarproviennent. Le résultat reste quand même ahurissant : les véhicules les plus polluants sont ceux de petites cylindrées roulant à l’alcool, les voitures les plus propres sont celles équipées de gros moteurs à essence ! « Ce n’est pas l’éthanol qui est en cause, s’est empressé de rectifier le Ministre de l’Environnement Carlos Minc, mais la conception des moteurs. Aux fabricants, maintenant d’en tirer les conséquences. »

Vient s’ajouter une crise d’approvisionnement du sucre, conséquence d’une très mauvaise récolte… en Inde ! L’Inde est le deuxième producteur mondial de sucre et d’exportateur traditionnel, il est devenu importateur cette année ! Les planteurs de canne brésiliens se sont donc mis à vendre du sucre brut sur le marché international plutôt que de fabriquer de l’alcool pour les besoins intérieurs, Actuellement, la plus value avoisine les 70% ! C’est 2/5 de la production sucrière brésilienne qui part ainsi à l’exportation au lieu de se transformer en carburant national et le prix de l’éthanol flambe : + 15% à la pompe à Sao Paulo. Combiné au le fait qu’un moteur à alcool consomme plus qu’un moteur à essence, cela met les 2 carburants presque au même prix pour le consommateur.

A deux mois du sommet de Copenhague, les REDD ont le vent en poupe !

Lors d’une brève rencontre à Brasilia, Gérard Moss, l’homme aux rivières volantes (voir Vision Brésil n° 6, août 2009) m’a expliqué l’impact des REDD’s, cette nouvelle forme de capitalisation des crédits de carbone.  REDD veut dire « Réduction des Emissions liées au Déboisement et à la Dégradation du Couvert Végétal ». Au lieu d’accumuler des crédits de carbone en limitant leurs émissions polluantes, comme les entreprises peuvent le faire actuellement, les REDD’s permettent d’en gagner en maintenant sur pied la couverture végétale existante, ce qui permet de piéger le CO2 émis dans latmosphère. Il s’agit d’une approche qui n’est pas prévue dans le protocole de Kyoto.

floresta-amazonica-01« La conservation de la couverture végétale est un des enjeux essentiels du prochain sommet de Copenhague, en décembre 2009, explique Gérard Moss. Grâce aux REDD’s, les propriétaires de forêts pourraient gagner de l’argent en ne déboisant pas. Vous imaginez l’impact en Amazonie, si ça devient plus rentable de garder les arbres sur pied plutôt que de les abattre ! »

Gérard Moss a réussi à convaincre deux exploitants de bois du sud de l’Etat du Para de surseoir à l’abattage de 1000 hectares de forêt. Ils seront dédommagés via un fond de compensation alimenté par des investisseurs britanniques qui parient sur l’adoption des REDD’s à Copenhague et sur une flambée des actions dans ce domaine par la suite. Le gouvernement brésilien va dans le même sens avec l’étude d’un projet de « bourse-carbone », calqué sur le modèle de la bourse-famille, pour inciter les propriétaires de forêts à ne pas déboiser.

En quelques lignes…

pedra portuguesaLes pavés portugais, en damier noirs et blancs qui façonnent les trottoirs de Rio de Janeiro font débat : faut-il les conserver ou les remplacer par des plaques de granit ? Contre, leur irrégularité qui provoque des chutes, la difficulté de trouver des professionnels pour les entretenir. Pour, leur perméabilité, leur réutilisation indéfinie, leur charme traditionnel et leur valeur historique. L’autorité va devoir trancher mais déjà, la cote des pavés portugais est à la hausse!

amiante3Après Sao Paulo, c’est au tour de la justice de Rio de Janeiro de confirmer une mesure officielle d’interdiction de la vente d’amiante sur le territoire de l‘Etat (voir Vision Brésil n° 6). Une décision pas encore définitive, prise suite à un recours déposé par Eternit contre cette interdiction. L’entreprise peut faire appel, elle attend les considérants du jugement pour décider tout en affirmant que c’est tout le secteur des réservoirs d’eau potable des immeubles qui risque d’être affecté si la mesure se concrétise.

agrotoxicosD’après l’Association Nationale des Fabricants de Défensifs Agricoles (ANDEF), le Brésil est numéro un sur  le marché mondial de produits agro-chimiques avec un chiffre d’affaire de 7,1 milliards de US$ en 2008, devant les Etats Unis (6,6 milliards de US$). Le contrôle sur les ventes laisse souvent à désirer : les autorités viennent ainsi de saisir 1 million de litre de produits périmés dans une filiale de l’entreprise Bayer située dans la banlieue de Rio de Janeiro. « Des produits dont la toxicité accrue augmente les risques pour la santé » prévient ANVISA, l’Agence Officielle de Contrôle Sanitaire qui affirme avoir déjà saisi plus de 4,5 millions de litres d’agro-chimiques ne répondant pas aux normes cette année.

onibus-hidrogenioSao Paulo est la première ville d’Amérique latine a faire circuler un autobus à hydrogène expérimental, 100% non polluant puisqu’il émet de la vapeur d’eau à la place des gaz d’échappements. 4 véhicules de ce type sont prévus dans la capitale. Le Brésil est un des 5 pays du monde qui maîtrise cette technologie dont le coût est encore prohibitif vu la quantité d’électricité nécessaire pour remplir le réservoir d’hydrogène de ces véhicules.

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