Sortie de crise et compétitivité retrouvée ; Friboi, numéro un mondial de la viande ; hémorragie de cerveaux ; en quelques lignes : le prix du salaire, Renault, Nestlé, Nivea.

brasil competitividadeL’économie brésilienne semble vraiment avoir retrouvé des couleurs avant les autres. C’est confirmé par les analystes de Moodys qui viennent d’élever le ranking pays à la note BA2. Dans le classement du WEF sur la compétitivité des pays, le Brésil gagne cette année 8 places et se positionne au 56° rang. Mais il faut nuance ce résultat, c’est la baisse de performance des pays traditionnellement mieux placés plus que le dynamisme brésilien qui explique la progression.

Cela confirme tout de même que la sortie de crise a été plus rapide qu’ailleurs. Le volume des investissements directs en provenance de l’étranger a atteint 45 milliards de US$ en 2008, en croissance de 30% par rapport à 2007, malgré la chute des bourses. Le Brésil se classe désormais au 10° rang des pays qui reçoivent le plus d’investissement directs, dépassant l’Allemagne, l’Italie, le Canada et la Suisse.

Reste que le cours du réal ne cesse de s’envoler face au dollar, ce qui pénalise fortement les exportations. Julio Gomes de Almeida, professeur et consultant à l’Institut d’Etudes pour le Développement Industriel s’en inquiète : « la pression exercée par le taux de change amène certaines grandes entreprises nationales à parier sur le marché intérieur. Du coup, foute de concurrence, elles privilégient les investissements dans la commercialisation et les services plutôt que dans l’innovation. Il y a là un gros risque de désindustrialisation du pays ».

Friboi, numéro un mondial de la viande

friboiLorsque José Batista Sobrinho, dit Zé Mineiro a ouvert sa boucherie à Anapolis en 1953, il n’imaginait pas que son affaire serait un jour le n°1 mondial de la viande. Mais la construction de Brasilia a donné un coup de fouet à l’échoppe de Zé Mineiro et de fil en aiguille, la « Casa de Carne Mineira » est devenue Friboi, elle a absorbé deux géants américains de la viande, Swift Foods Company en 2007, et Pilgrim’s Pride et finalement son principal concurrent au Brésil, Bertin.

Friboi domine désormais le marché mondial de la viande bovine, avec une capacité d’abattage qui dépasse les 50.000 têtes par jour, à quoi s’ajoute un secteur porcin en plein développement. En face, il ne reste plus guère que l’américain Tyson Foods, numéro 2 mondial. Cette hyper-concentration inquiète Cézario Ramalho da Silva, Président de la Société Rurale Brésilienne : « la tendance est à la globalisation du secteur. Le producteur doit redoubler d’attention, acquérir de nouvelles compétences pour y faire face. Et l’Etat doit jouer son rôle de régulateur en préservant la concurrence ».

Ce n’est pas évident dans le cas du Brésil car les autorités sont parties prenante de Friboi : la Banque Nationale de Développement Economique et Social (BNDES) détient en effet 20% de son capital. Elle est donc peu encline à freiner les ambitions de Friboi. On l’a vu lors de la dénonciation par Greenpeace du déboisement illégal lié à l’élevage en Amazonie (voir Vision Brésil n° 5, juin 2009). Friboi et Bertin, alors encore concurrents, étaient sur la liste rouge des écologistes. La BNDES a dit vouloir enquêter et prendre des mesures, mais à ce jour, les conclusions de cette investigation restent mystérieuses…

Hémorragie de cerveaux

bolsista13 millions de R$ (7,5 millions de CHF / 5 millions d’euros) ont été perdus l’an passé par le gouvernement à cause des bourses payées à 25 doctorants qui ont été envoyé faire leur thèse à l’étranger et qui ont choisi de ne pas revenir au pays ni rembourser les subsides qu’ils ont reçu. Ce n’est pas la première fois que cela arrive, le Tribunal des Comptes de l’Union Fédérale du Brésil a ouvert plus de 339 dossiers de litiges à ce sujet depuis 1999. Sans beaucoup de succès. Généralement, les commandements de payer, transmis par voie judiciaire n’aboutissent pas, bien que les doctorants boursiers s’engagent formellement, lorsqu’ils partent à l’étranger, à revenir passer au Brésil autant d’années que celles vécues à l’extérieur pour transmettre à d’autres les connaissances qu’ils ont acquises, ou à rembourser l’Etat.

Au delà du manque à gagner financier, c’est aussi une grosse perte de compétence pour le Brésil. Pour leur défense, certains de ces boursiers déserteurs argumentent qu’ils ne peuvent trouver dans leur patrie l’équivalent des postes qui leur sont offerts à l’étranger. Notamment sur le plan de la rémunération. Ou bien, comme l’explique Ana, une océanographe qui a fait son PhD au Massachusetts Institute of Technology, ces arriérés représentent une barrière infranchissable : « avec les intérêts, ma dette d’étude s’élève aujourd’hui à 980.000 R$ (600.000 CHF / 375.000 euros). Aucune entreprise au Brésil n’est prête à m’engager, sachant qu’il va lui falloir débourser une telle somme à fond perdu. » Le Brésil finance annuellement 300 à 500 chercheurs pour des programmes de doctorat, de post-doctorat ou de recherche à l’étranger. Les pays les plus prisés par ces universitaires sont les Etats-Unis, l’Angleterre et la France.

En quelques lignes :

salarioAu Brésil, 100R$ de rémunération coûtent 127,80 R$ à l’employeur et le salarié ne reçoit que 74 R$. La différence va à l’Etat : 53,80R$. Ces charges lourdes, combinées à des niveaux de salaire bas entravent le développement du marché du travail formel : 80% des employés touchent net, l’équivalent de 2 salaires minimums, une proportion qui correspond à la moyenne européenne, sauf que le minimum brésilien est à 200 euros contre un Smic français à 1080 euros !

bajajRenault-Nissan développe en Inde, avec son partenaire Bajaj, une voiture à 2’500 US$ qui devrait être l’une des moins chères du monde. L’ULC  de Renault-Bajaj, c’est son nom de code actuel, devrait voir le jour en 2012 et « être ensuite très vite commercialisée au Brésil » a promis le patron de Renault-Nissan, Carlos Goshn lors d’un déjeuner donné à la chambre de commerce France-Brésil de Rio de Janeiro. Renault détient 5% du marché automobile brésilien et espère doubler ses ventes avec le lancement de petites voitures bon marché.

nestle-1Frénésie d’investissement chez Nestlé-Brésil qui concentre son offensive sur Rio de Janeiro. La multinationale vient de vendre une fabrique d’aliments dans le sud de l’Etat, « afin de faire du cash pour de nouvelles acquisitions », précise Ivan Zurita, son PDG : «  notre chiffre d’affaire à Rio est aujourd’hui équivalent à celui de Sao Paulo ». Pour améliorer sa visibilité, Nestlé va financer plusieurs grands événements sportifs à Rio et organiser une gigantesque « Parade Disney », la première du genre en Amérique latine.

nivea« Nous avons pratiquement déjà dépassé notre objectif de croissance de 15% pour l’année 2009 sur le marché brésilien », se réjouit Nicolas Fischer, Président de la multinationale allemande Nivéa au Brésil. Les ventes de la compagnie ont augmenté de 13,2% au premier semestre, par rapport à la même période de 2008, «  et avec l’arrivée de l’été austral, les perspectives sont encore meilleures au second semestre. » Voilà qui contraste avec les chiffres de Nivéa en Europe et en Amérique du Nord, où les résultats négatifs s’accumulent.

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