8. FavelaL’inégalité diminue malgré la crise ; Crédit-amitié pour les nouveaux « micro-entrepreurs individuels » ; 19 nouvelles favelas à Rio de Janeiro en un an ; Symposium identitaire : c’est quoi une favela ?

L’inégalité diminue malgré la crise

Si ce n’était pas l’IPEA qui l’affirmait, on pourrait douter des dernières statistiques publiées par ce respectable Institut de Recherches Economiques Appliquées : 500.000 personnes sont sorties de la pauvreté absolue (moins de 100 US$ de revenu annuel) entre octobre 2008 et juin 2009, c’est à dire au plus fort de la crise économique mondiale !

L’économie brésilienne n’a pourtant pas été épargnée par la tourmente puisqu’il a connu 3 trimestres successifs de récession. Un résultat que l’IPEA attribue au succès des politiques publiques d’aide sociale comme la Bourse-Famille et le PAC, le Programme d’Accélération de la Croissance. Mais le plus surprenant, dans le rapport de l’IPEA, c’est que pendant ce même laps de temps, l’inégalité entre riches et pauvres a diminué de 4,1%, la plus forte contraction depuis 2002 ! Le paradoxe n’est qu’apparent, car ce ne sont pas les pauvres qui sont devenus plus riches, au contraire, ce sont les riches qui se sont appauvris ! Les effets de la crise ont en effet beaucoup plus touché les hauts revenus que les plus démunis, protégés qu’ils étaient par le filet social gouvernemental qui a clairement joué un rôle anti-cyclique pour les classes pauvres de la population.

catadorCrédit-amitié pour micro-entrepreneurs

Une campagne a été lancée le 1er juillet dernier au niveau national pour stimuler les travailleurs du secteur informel à adhérer au nouveau statut de « micro-entrepreneur individuel ». Le processus est gratuit et peut entièrement être fait via internet, il faut seulement avoir un revenu inférieur à 3.000 R$ par mois et ne pas employer plus de 3 personnes. A ces conditions, le nouveau micro-entrepreneur bénéficie pour lui et ses employés de la protection sociale légale, incluant les subsides de maternité et de maladie ainsi que de la retraite vieillesse et invalidité. Le gouvernement estime qu’il y a 11 millions de travailleurs informels au Brésil et espère qu’un million d’entre eux adhéreront à ce nouveau statut d’ici fin 2010. Revers de la médaille, une fois enregistré, le micro-entrepreneur va devoir émettre des factures fiscales et payer des impôts.

La Préfecture de Rio de Janeiro s’est donc associée à 2 ONG locales, l’Observatoire des favelas et VivaCred pour ouvrir 70 nouveaux guichets du programme de micro-crédit « amitié » la Banque du Nord-Est à Rio et à aider ainsi ces nouveaux petits patrons à mieux gérer leur budget et moderniser leur affaire. Le « Crediamigo » de la Banque du Nord-Est existe depuis 10 ans dans les campagnes pauvres du Nord-est, mais il est encore peu répandu dans les grandes villes. Il permet à des personnes qui doivent obligatoirement se réunir en petits groupes d’emprunteurs solidaires de recevoir des prêts allant de 100 R$ à 10.000 R$ (5.800 CHF / 3.800 euros), remboursables en 2 ans à un taux d’intérêt de 50% inférieur à celui pratiqué par les banques traditionnelles. D’après la Banque Centrale, le volume financier opéré par le Crediamigo a progressé de 56% ces 12 derniers mois, contre 22,5% seulement de croissance pour l’ensemble du système financier national.

favelario19 nouvelles favelas à Rio de Janeiro en un an

La barre des mille aurait été franchie en septembre dernier. Il y aurait très exactement aujourd’hui 1020 favelas dans la ville de Rio de Janeiro, d’après l’Institut Perreira Passos (IPP), chargé de ce comptage, dont 19 de plus qu’il y a un an. Ces nouvelles urbanisations sauvages ont surgi surtout dans la partie ouest de la ville, là où l’agglomération s’étend le plus et dans la zone portuaire.  L’IPP relève aussi que l’augmentation de la population habitant ces zones marginales ne se limite pas à cette extension verticale. Les favelas plus anciennes se développent verticalement, chacun des habitants ajoutant un étage supplémentaire à sa maison au fur et à mesure que ses enfants créent leur propre foyer familial. La population de la Rocinha, la plus grande favela de Rio, qui est née à la fin de la guerre, a augmenté de 80% en 10 ans et l’IPP estime que 20% de la population de la Ville de Rio de Janeiro (sans les communes périphériques) vit aujourd’hui dans des favelas.

Symposium identitaire : c’est quoi une favela ?

Depuis des lustres qu’elles existent, les favelas des grandes villes du Brésil sont toujours considérées comme des excroissances démoniaques dont il vaut mieux oublier l’existence. Un peu plus facile à faire à Sao Paulo, par exemple, où la plupart des bidonvilles ont surgi loin dans les périphéries, beaucoup plus difficile à Rio de Janeiro. A parcourir les méandres du relief escarpé de la « CidadeMaravilhosa », on se heurte à une favela à chaque détour de colline, on se casse le nez sur une favela ! Pour tenter une fois de plus de sortir de la stigmatisation, une ONG, l’Observatoire des Favelas a proposé 2 jours de réflexion sur le sujet, en collaboration avec la BNDES, la Banque Nationale de Développement Economique et Sociale.

Dans un document introductif, « la favela, c’est quoi au juste ? », l’Observatoire des favelas tente une définition synthétique : « C’est un territoire qui est partie constituante de la cité, mais où les investissements de l’Etat et le marché formel du travail sont absent. C’est un espace caractérisé par une forte stigmatisation sociale de la part des autres habitants de la ville, avec un degré élevé de sous-emploi, des relations informelles de travail et une majorité de bâtiments auto-construits qui ne répondent pas aux normes légales. La densité démographique y est largement au dessus de la moyenne. Ce sont en conséquence des zones très vulnérables écologiquement. L’absence de l’Etat se marque aussi par la prédominance de contre-pouvoirs comme celui du trafic de drogue, mais aussi par une intense vie sociale liée aux traditions des communautés immigrées des différentes parties du Brésil qui y résident. »

suburbiosPlusieurs spécialistes présents, dont le fondateur de l’Observatoire des favelas, Jailson de Souza e Silva et le directeur de l’Institut Perreira Passos, Fernando Cavalieri ont insisté sur le danger d’une tendance actuelle à « individualiser les différents espaces de la ville. On oublie sa dimension globale et cette particularisation rejette encore plus les favelas dans la marginalité. » Seules des politiques publiques qui reprennent la main sur ces quartiers et permettent de les relier enfin au reste de la cité pourront donner des résultats a conclu le symposium, tout en reconnaissant que c’est un objectif pour plusieurs générations.

[Vision Brésil de fin septembre consacrera un dossier complet à l’expérience menée depuis novembre dernier à Rio de Janeiro par les pouvoirs publics qui ont créé des structures de police de proximité permanentes dans plusieurs favelas, en vue d’y expulser les trafiquants de drogue et d’y créer des structures sociales au service des habitants. La plupart des témoignages recueillis font états de progrès, mais aussi de résultats plus ou moins mitigés.]

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