Ils sont des centaines de bénévoles au Brésil, qui pratiquent le difficile exercice d’animateur sur les ondes des radios communautaires. Leur but est d’informer leurs voisins sur ce qui se passe dans le quartier, mais aussi de contribuer à l’éducation et la prise de parole des habitants des quartiers déshérités. Bien sûr, tout cela en musique !

4.1ilhaCes speakers improvisés n’ont pas de formation journalistique. Avec un collègue de la Télévision Suisse, nous avons mis au point un programme de formation sur le tas dont une session vient de s’achever à Recife, dans le Nord-Est du pays.

Profil en lame de couteau, regard de braise, cheveux mi-longs et bermudas en dessous des genoux, Edilson a ce qu’on appelle une « gueule ». Une gueule en phase avec la communauté de pêcheurs et d’éleveurs de crevettes qui peuplent Ilha de Deus, l’Ile de Dieu, reste de mangrove sauvée de l’océan de béton du centre de Recife, au milieu d’un bras de mer. 300 familles y vivent, souvent dans des cabanes sur pilotis.

Bataille contre la marée des ordures.

Edilson n’est plus pêcheur. Il s’est improvisé animateur de la radio communautaire locale et tous les matins, il est au micro pour parler d’écologie. Parce qu’avec la marée, les ordures de Recife envahissent le bras de mer, et quand l’océan se retire, ces immondices restent ancrés autour d’Ilha de Deus. Sacs en plastique, canette de bière, flacons de déodorants et autres embourbe la mangrove, le poisson n’y vient plus frayer, les pêcheurs perdent leur source de revenu.

maree ordures« La Municipalité ne voulait rien faire, explique Edilson. Alors j’ai proposé aux gens, via la radio, de remplir des tonneaux d’ordures et de les transporter par bateau jusque devant la porte de la Préfecture. Du coup, les autorités ont commencé à construire un pont pour relier l’île au continent et à installer des égouts. »

240 futurs professionnels de l’information locale

Comme 40 de ses collègues qui partagent plus ou moins la même réalité, Edilson a participé à notre cours de formation au journalisme. Objectif : apprendre le b.a.ba du métier : comment faire une interview, modérer un débat, rédiger un bulletin d’info, réaliser un reportage de rue… En 5 jours et beaucoup d’exercice pratiques, on aimerait qu’ils acquièrent des bases suffisantes pour prendre confiance et oser se lancer dans l’information locale. Une matière qui leur fait terriblement défaut à l’heure actuelle.

Ces radios locales, très écoutées parce qu’elles relayent les messages des habitants, annoncent les fêtes et les manifestations, se limitent, quand il s’agit d’informer, à la reprise des grands titres qu’on trouve dans les journaux ou sur internet. Rien sur ce qui se passe localement! C’est pourtant un terroir riche d’évènements dont aucun média ne fait état. Seule la radio communautaire est à même d’en parler. Encore faut-il que leurs animateurs bénévoles aient les moyens de fabriquer cette information locale. C’est le but de ce cours, qui a déjà permis de former 40 personnes à Rio de Janeiro en 2008, et va toucher, à terme, 240 personnes dans tout le Brésil, d’ici 2011.4.3radiocomm

Des soutiens en Suisse et au niveau international

Pour gérer ce projet, nous avons fondé l’an passé une ONG de droit suisse, l’ONG Jequitiba. Le financement est assuré par la Ville de Genève, la Commune de Cartigny (Suisse), la Télévision Suisse Romande, l’Ambassade de Suisse au Brésil et l’UNESCO. Coût total : à peu près 220.000 CHF (150.000 euros) tout compris pour les 3 ans. Du low cost !

Les radios communautaires jouent encore un rôle éducatif et pacificateur que nous cherchons à encourager. Retour à Ilha de Deus… « Nous, on ne veut pas que les pêcheurs de l’île achètent des moteurs pour leurs bateaux, explique Edilson. Parce qu’avec des rames seulement, ils ne peuvent sortir qu’une fois par jour pour pêcher. Au rythme de la marée. S’ils ont des moteurs, ils vont aller en mer  n’importe quand et ce sera le massacre. Il n’y aura bientôt plus de poisson. C’est des choses comme ça que j’explique dans mon programme de radio ».

Moins de violence grâce aux radios communautaires

Depuis qu’Edilson et ses copains ont investi le studio, l’île est aussi devenue un havre de calme. « Il n’y a plus de violence ici. Avant, les gens de dehors parlaient de nous comme de l’île sans Dieu. A cause des trafiquants et de la violence. Les habitants en ont eu marre. On les a aidé, avec la radio, à discuter du problème. Peu à peu, les trafiquants sont partis. Il n’y en a plus aujourd’hui. »4.2radiocomm

Ah, détail, Edilson est analphabète ! Il apprend à lire et à écrire en faisant de la radio. Suivre le cours, ça a été un peu dur pour lui. Et un sacré défi pour nous d’enseigner l’écriture radiophonique… sans écrire ! Mais on s’est compris et Edilson dit avoir adoré ces 5 journées de formation. (JJF)

Pour plus d’informations, vous trouverez des photos et des extraits sonores du cours et d’Ilha de Deus sur le site de l’ONG Jequitiba : http://www.jequitiba.org/

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