foto-sama-aereaIl n’est jamais trop tard pour bien faire…  Le Ministère brésilien de l’environnement vient de décréter l’interdiction de l’amiante dans les nouvelles installations relevant de sa compétence. Un pas timide dans la bonne direction. Cela ne va cependant pas faire cesser l’extraction et l’exportation d’amiante, une industrie florissante au Brésil.

Il n’y aura plus d’amiante dans les bâtiments neufs du Ministère de l’environnement, mais l’interdiction ne vaut pas pour les autres édifices de l’administration publique et le déflocage des constructions existantes n’est pas à l’ordre du jour. Le Brésil est donc encore loin d’une interdiction de l’usage de l’amiante telle qu’elle existe au Chili, en Argentine, en Uruguay ou dans l’Union européenne.

Un héritage d’Eternit

Les pressions économiques sont en effet fortes. Le Brésil est le 4ème fournisseur mondial d’amiante (11% de la production totale), après la Russie, le Kazakhstan et la Chine. Il exporte 61% des 227.000 tonnes extraites annuellement d’une seule mine, Cana Brava dans l’Etat de Goias, vers 17 pays*. Les rentrées financières annuelles sont estimées à 2milliards de R$ (700 millions d’euros).

Cana Brava a été mise en exploitation en 1967 par la Sama, à l’époque une filiale de la multinationale suisse Eternit. Aujourd’hui, la SAMA appartient à Eternit du Brésil, devenue indépendante de la maison-mère helvétique. Cana Brava fait vivre la cité de Minaçu, 35.00 habitants, dont le principal hôtel de la ville s’appelle Hôtel Crisotila (la chrisolyte est la variété de cristaux d’amiante extraite de Cana Brava).

Les malades de Minaçu.

Les habitants de Minaçu sont tous liés, d’une manière ou d’une autre, à la mine et jouissent d’un revenu nettement supérieur à la moyenne de l’Etat de Goias. Mais tous ou presque ont aussi un proche ou un parent, victime de la maladie du poumon de pierre . « Aujourd’hui, on respire mieux, l’entreprise a fait des efforts. Mais il y a 30 ans, la ville était couverte de poussière blanche chaque matin. Il fallait essuyer les fruits et les légumes avant de les manger », se souvient un retraité de la mine.

L’entreprise nie le problème et rechigne à admettre les cas de maladie du travail. « Aucune incidence n’a été décelé depuis 1980. Le nombre de cancers du poumon à Minaçu est dans la moyenne nationale. » argumente Rubens Rela, directeur général de la SAMA. Il considère que l’usage de l’amiante est une technologie sûre. «La polémique sur les risques est une dispute commerciale lancée par ceux qui veulent vendre des réservoirs d’eau fabriqués avec des fibres plus chères que l’amiante. »

Au Brésil, les immeubles sont tous équipés de réservoirs d’eau fixés sur les toits. Ils sont en fibrociment à base d’amiante pour ne pas peser trop lourd. C’est un marché énorme sur lequel les modèles sans amiante sont proposés 15% plus cher.

Recours à l’OIT ?

Pris en tenaille, le gouvernement tergiverse. Il s’abrite derrière une loi qui l’oblige à contrôler l’usage de l’amiante sur le territoire national et tente de rendre obligatoire la visite sanitaire généralisé pour les personnes travaillant avec le minerai. Sans succès jusque ici, le lobby pro-amiante a réussi à geler l’affaire devant les tribunaux.

Excédé, l’Avocat Général de l’Union (l’équivalent du Procureur de la République) veut porter l’affaire devant l’Organisation Internationale du Travail, arguant que la loi nationale viole 2 conventions de l’OIT que le Brésil a ratifiées: la convention 162 autorisant un usage limité de l’amiante jusqu’à ce que des produits de substitutions soient mis sur le marché et la convention 139, qui demande l’interdiction de l’usage de substances cancérigènes sur les lieux de travail.

A Minaçu cependant, les habitants acceptent de continuer à courir des risques pour leur santé, afin de préserver leur seul moyen de subsistance. Il n’y pas d’autre possibilité d’emploi dans la région. L’ancien préfet (en poste jusqu’à fin 2008), lui-même ingénieur pendant 15 ans à la SAMA rappelle que 50% des rentrées fiscales de la commune proviennent de la mine. « Si on interdit l’extraction de l’amiante ici, il faut aussi fermer les mines d’or et de charbon ailleurs, tout aussi toxiques ». (JJF avec Globo et Mundo Sustentavel)

Perspective : une ligne de produits Eternit sans amiante en 2009 ?

La croissance d’Eternit du Brésil a été de 36% l’an passé et l’entreprise prévoit d’opérer à 90% de sa capacité en 2009, malgré la crise. L’essentiel de son chiffre d’affaire provient des tuiles et plaques en fibrociment, qui sont à base d’amiante. Eternit promet cependant qu’en 2009, elle mettra sur le marché des produits sans amiante dans les panneaux et récipients sanitaires. Cela concerne notamment les réservoirs à eau. Mais selon le Président d’Eternit du Brésil, le fibrociment à base d’amiante va continuer à dominer largement les ventes pour encore de nombreuses années. (JJF avec O Globo, Gazeta Mercantil et collectif des ONG’s « 3° secteur )

* Mexique, Colombie, Equateur, Bolivie, Nigéria, Mozambique, Turquie, Emirats arabes, Iran, Inde, Sri Lanka, Singapour, Thaïlande, Philippines, Malaisie, Indonésie et Chine.

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