mulherez-da-pazDes mères qui restent en classe avec leurs enfants pour les protéger des agressions, des femmes qui sillonnent les rues des favelas pour repêcher les adolescents en voie de se noyer dans l’univers du trafic de drogue, c’est la nouvelle armes de la société civile de Rio de Janeiro pout tenter de pacifier la ville. En peu de temps, les résultats sont déjà impressionnants.

A l’occasion de la rentrée scolaire, en février, l’Observatoire des Métropoles de l’Université fédérale de Rio de Janeiro met le doigt sur la plaie : la qualité de l’enseignement dans les écoles situées dans les bidonvilles est 2 fois plus basse que celle des établissements des quartiers immédiatement environnants. En cause, l’absentéisme des élèves dans les favelas et le nombre de jours sans classe pour cause des échanges de tirs entre trafiquants et policiers.

 La réponse : accompagner son fils en classe.

 Des mères, qui vivent cette réalité dans leur peau, n’attendent pas pour réagir. Dans le quartier de Senador Camara (banlieue nord de Rio) où 6.000 élèves ont raté la rentrée à cause de ces violences, elles ont investi les salles de classe et se sont improvisées enseignantes auxiliaires. Elles n’ont pas de qualification particulière à mettre en avant, mais leur présence est fondamentale pour faire régner la discipline et le respect parmi des enfants souvent très agressifs et perturbés.

 Cette présence maternelle crée aussi une espèce d’aura symbolique de protection autour des écoles : trafiquants et policiers semblent aujourd’hui mieux les respecter qu’avant à Senador Camara. Trop tôt bien sûr, pour tirer des leçons,,mais d’autres quartiers veulent désormais s’inspirer de ce projet et les autorités locales ont voté un petit crédit pour défrayer les mères qui s’engagent ainsi de leurs frais de transport et de nourriture.

 Femmes pour la Paix

 A une échelle plus large, les « Femmes pour la Paix » interviennent elles, auprès des jeunes qui traînent dans la rue. Elles sont aujourd’hui 2.500 à Rio de Janeiro, qui ont reçu une formation de base pour savoir comment aborder ces adolescents en danger. Elles reçoivent 190 réais par mois (65 euros) pour 8 heures de travail par semaine, du PRONASCI, le Programme national de Sécurité Publique et de Citoyenneté pour leur engagement.

 « Pas toujours facile, explique une des participantes, il faut oser ne pas avoir peur car souvent ces jeunes sont très agressifs. Mais on habite le quartier et ils le savent. Ils finissent par nous écouter ». Antonia a 41 ans et une longue expérience. Depuis son enfance elle vit sous le feu croisé des balles de 2 bandes rivales qui s’affrontent dans la favela.

 « Le succès de l’expérience à Rio va servir d’exemple pour les autres villes du Brésil, explique Leila Almeida, la coordinatrice nationale de Femmes pour la Paix,. Nous espérions recruter 5.000 femmes cette année et nous en sommes déjà à 11.000 dans tout le pays. Notre problème, maintenant c’est la formation car il faut que les participantes acquièrent des notions de pratique du dialogue, de comportement citoyen et de connaissance des droits de l’homme avant de se lancer dans ka pratique. »

 Mais quoi faire avec ces jeunes ?

 Aborder les adolescents en rupture dans la rue, c’est une chose. Les séduire avec des alternatives concurrentielles au lucratif marché de la drogue, c’en est une autre. Plusieurs militantes de Femmes pour la Paix reconnaissent qu’elles ont les idées un peu courtes dans ce domaine. Car les contre-projets mettent du temps à se réaliser et ne sont pas toujours très pétillants au premier abord.

 Dans le complexe de la Marée, près de l’aéroport de Rio, on a essayé de contourner le problème grâce à l’intervention d’ une artiste plastique qui a développé une méthose simple pour redonner le goût de l’apprentissage à ces jeunes qui ont abandonné l’école avant de savoir lire et écrire. Yvonne Bezerra de Mello pratique une forme d’alphabétisation bien adaptée à cette population. L’apprentissage se fait à l’intérieur de la bande et commence par la lettre « M », plutôt que par « A ». Il semble en effet que « M », c’est plus facile pour débuter. Chaque acquis est ensuite répété collectivement jusqu’à ce qu’il soit intégré par tous les membres du groupe.

 Simple, mais ça marche. Yvonne Bezerra de Mello vient d’être engagée par la Municipalité de Rio comme consultante pour répandre sa technique dans les autres zones de conflit de la ville. (Sources : O Globo, Collectif des ONG « 3° secteur », Observatoire des favelas)

 

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