chicomendes1Il y a 20 ans, Chico Mendes mourrait sous les balles d’un tueur engagé par ceux que son combat gênait. Défenseur des « seringueiros », -les cueilleurs de caoutchouc – de l’Etat d’Acre, à l’extrême ouest de l’Amazonie, et promoteur d’un usage respectueux des ressources de la forêt tropicale, Chico Mendes est devenu une icône après sa mort. Que reste-t-il aujourd’hui de son héritage ? Peu et beaucoup. Tentative de bilan

L’impunité progresse…

 Les assassins de Chico Mendes et des autres, ces pistoleiros des propriétaires de grands domaines et des exploitants de bois précieux semblent encore avoir de beaux jours devant eux. Ainsi, dans le cas de Dorothy Stang, cette missionnaire américaine assassinée en février 2005 dans l’Etat du Para parce qu’elle défendait le droit à la terre des travailleurs ruraux, les auteurs du crime ont avoué, ils ont été condamnés, mais de recours juridiques en compléments d’enquête, aucun des 5 tueurs n’est aujourd’hui  en prison!

 

 Plus largement, dans l’Etat du Para, les associations de défense des droits de l’homme estiment à 800 le nombre de personnes qui ont été assassinées en raison des conflits de terre depuis 40 ans. Seuls 6 auteurs reconnus de ces crimes ont été mis derrière les barreaux.

 

 … mais le déboisement diminue.

 

 Il y aurait du mieux par contre, côté préservation de la forêt. L’Institut Imazon, qui publie chaque mois une carte de la « Transparence forestière de l’Amazonie légale » fait état de 51 km2 nouvellement déboisés de façon sauvage, en janvier 2009 soit 38% de moins qu’en janvier 2008.  Pour le semestre août 2008-janvier 2009, la chute est même de 80% par rapport à la même période de l’année antérieure. http://www.imazon.org.br/novo2008/index.php?

 

 Malheureusement, si les hommes défrichent moins, le climat fait des siennes, nous rappelle la Revue « Nature » qui révèle qu’en 2005, une sècheresse persistante en Amazonie a inversé le bilan CO2 de la région. Au lieu d’absorber du gaz à effet de serre, les arbres assoiffés en ont produit en excès ! Le phénomène pourrait se reproduire avec l’augmentation du réchauffement climatique.

 

 Une idée qui avance, le concept d’une forêt productive.

 

 C’est sur ce plan que Chico Mendes menait son combat. Il y a 20 ans, penser l’Amazonie comme un éco-système productif non destructif était une utopie totalement avant-gardiste. Les choses ont aujourd’hui changer et de nombreuses expériences se sont développés.

 

 Telle celles menées par Ernst Götsch, un Suisse établi dans la Bahia depuis 40 ans, qui préconise une intégration entre l’agriculture et le reboisement afin d’utiliser la forêt sans la ruiner et reconstituer les sols dévastés. C’est le principe des Systèmes Agroforestiers (SAF) qu’Ernst Götsch a d’abord expérimenté chez lui avant de le répandre largement dans tout le pays.

 

 SAF pour Systèmes Agroforestiers

 

 Il consiste à identifier les espèces natives et à les planter en tenant compte de leur cycle de vie : les plus résistantes d’abord, qui vont former une première couverture et fertiliser la terre à la fin de leur cycle de vie pour permettre à des espèces vivrières plus fragiles de prospérer. (http://www.agrofloresta.net/)

 

 Les projets SAFs prolifèrent, mais il y en a encore peu à l’intérieur de la forêt d’Amazonie. 2 projets pilotes sont cependant en cours dans l’Acre, patrie de Chico Mendes, dont un en collaboration avec l’Université Fédérale locale. Pour plus d’information :

 http://www.ufac.br/pesquisa/pz/arboreto/pz_arboreto.htm

http://www.idep.ac.gov.br/floresta.html

 

 Des crédits de carbone grâce aux arbres abattus?

 

 Precious Wood est une entreprise ayant son siège à Zurich, qui opère dans le marché très délicat des bois tropicaux précieux. Au Brésil, Precious Wood s’est établi à 300 km de Manaus. L’an dernier, elle a vendu pour plus d’un million de US$ de crédits de carbone grâce à la mise en place sur son chantier d’exploitation, d’une centrale thermique alimentée avec les déchets des arbres abattus.

 

 Elle génère toute l’énergie électrique nécessaire à la scierie de l’exploitation et aux besoins des 60.000 habitants de la ville voisine d’Itacoatiara. Precious Wood gagne ainsi sur les 2 tableaux, en vendant, cher, du bois précieux labellisé FSC et des crédits de carbone obtenu grâce à la réutilisation des déchets. Greenpeace cite l’entreprise en exemple pour son bon management de la forêt (http://www.preciouswoods.com/)

 

 Cuir végétal 

 

 « Les gens qui vivent dans la forêt savent comment gagner de l’argent sans détruire l’environnement. Ce qui leur manque, c’est l’accès au marché pour vendre leurs produits ». Cette déclaration du Gouverneur de l’Etat d’Amazonie, Eduardo Braga, c’est le crédo de Joao Fortes e Bia Saldanha depuis 20 ans.

 

 Issus tous les deux de la bonne société carioca, – Joao Fortes vient d’une famille qui possède l’une des plus grosses entreprise de construction du pays, Fortes Engenheria, Bia Saldanha tenait une boutique de mode sur une des rue les plus huppée d’Ipanema-, ils ont tout lâché et quitté Rio de Janeiro, après une rencontre avec Chico Mendes lors du Forum Global Mondial Rio 92.

 

 Ils se sont enfoncés dans l’Amazonie reculée, à la recherche de ces cueilleurs de caoutchouc qui pratiquent une économie de subsistance équilibrée. Avec eux, ils ont inventé un « cuir végétal » fait d’une combinaison de coton et de latex. Après les déboires des débuts (les anses des sacs fabriqués avec ce produit fondaient dans les mains des clientes !) ils ont réussi à breveter leur invention sous le nom de Treetap, devenue une marque prestigieuse de maroquinerie qui fait fureur dans les meilleures boutiques des marques haut de gamme de la haute couture, à Londres, New-York, Milan ou Paris.

 

 Grâce à Treetap, les cueilleurs de caoutchouc vendent aujourd’hui leur latex 10 fois plus cher qu’avant et l’activité générée au sein de la forêt par cette nouvelle industrie du caoutchouc assure la protection de 900.000 ha de couverture végétale contre le déboisement. Le journaliste Guilherme Fiuza vient de consacrer un livre, « Amazonia 20° Andar » (éd. Record) à l’aventure de Joao Fortes et Bia Saldanha, malheureusement pas encore traduit en français. Pour plus d’informations : 

 

http://guide-equitable.skyrock.com/1248931786-Treetap-reinvente-la-maroquinerie.html

http://www.youthxchange.net/fr/main/vegetalleather.asp

 

Et si les arbres valaient plus sur pied, qu’une fois abattus ?

 

 Une autre révolution de l’économie amazonienne se prépare peut-être. Une révolution à l’échelle de la planète : la modification des règles du marché des crédits de carbone. A ce jour en effet, le protocole de Kyoto ne prévoit pas que la forêt existante donne droit à de tels crédits. Seuls l’effort de planter des arbres pour compenser les émissions de gaz à effet de serre est pris en considération.

 

 Les choses risquent de changer avec la révision du protocole de Kyoto, prévue pour 2012, qui voudrait incorporer les forêts sur pied au marché des crédits de carbone. Potentiellement, la manne est considérable pour l’Amazonie : le WWF calcule que, si l’idée est retenue, l’hectare de forêt amazonienne se négocierait entre 113 et 226 réais (38 à 76 euros). C’est plus que ce que l’on peut retirer de la même surface par vente des arbres abattus où de l’élevage du bétail à viande.

 

 Aider les arbres à rester debout pourrait alors devenir plus rentable que de les abattre. C’est peut-être ça, le vrai héritage de Chico Mendes.

 

Publicités