catadoresLe diable se cache dans les détails, dit-on. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne les effets de la crise économique au Brésil : les banques, protégées par l’Etat restent solides, l’industrie automobile repart, aidée par des subsides à la vente, la consommation intérieure baisse, mais moins que prévu. Ceux qui trinquent, ce sont les plus vulnérables. Parmi eux, les trieurs d’ordure, dont les revenus ont été laminés. Le prix des matériaux de récupération est en chute libre.


Avec ses 57 ans, Iraci Moreira incarne ces silhouettes qu’on voit déambuler sur les décharges des grands villes, dans les reportages télévisés. Originaire du Nord-Est du Brésil, il travaille depuis 17 ans sur un dépôt d’ordures de la banlieue nord de Rio de Janeiro. Il appartient la coopérative des recycleurs « Beija Flor », Colibri, en français, qui regroupe 26 adhérents.

 La déprime des prix

 « Jusqu’à mi 2008, l’industrie produisait à toute vapeur et le prix de la ferraille montait constamment. Je gagnais largement de quoi nourrir ma famille ». Janvier 2009, chute brutale. 80 réais seulement à la fin du mois (28 euros), un revenu divisé par 5 par rapport aux mois précédents.

 En février, c’est pire : un « carinheiro », – une charrette pleine de ferraille -, qui valait 30 réais en octobre, se négocie maintenant à 10. Les vacances collectives dans l’industrie et la réduction de la production d’aluminium ont fait baisser le cours des métaux recyclables de 30 à 80%. Pareille pour le papier dont le prix au kilo est passé de 0,32 à 0,05 réais. Iraci Moreira, aujourd’hui sans le sou, ne peut même plus emprunter: « j’ai pris un crédit de 27.000 réais en octobre pour acheter du matériel et je n’arrive pas à le rembourser. Je suis sur les listes noires de la banque à présent. »

 

 A Rio de Janeiro, ceux qui travaillent comme Iraci au tri des ordures seraient 1,7 millions. D’après leur syndicat, 50% seraente sans activité.

 

 Plus de travail pour la voirie

 Les pouvoirs publics payent les pots cassés car la voirie doit maintenant faire face à une plus grande montagne de déchets : jusqu’en décembre, la compagnie Comlurb récoltait 600 tonnes par jour de matériaux recyclables dans la zone Sud, la partie résidentielle la plus riche de Rio de Janeiro. En janvier, 900 tonnes ! Le nombre de trieurs d’ordure qui passaient dans les rues avant le camion de ramassage s’est considérablement réduit. « La tournée allait de 8h à 15h, maintenant, elle se prolonge souvent jusqu’à 20h » déplore Jorge Otero Peixoto, gérant de la compagnie concessionnaire.

 

 Même chose à Sao Paulo

 Vira Lata, la plus grosse coopérative de trieurs d’ordures de Sao Paulo a abandonné sa tournée de ramassage dans une centaine d’immeubles. Le prix à la revente des déchets recyclables est 10 fois plus bas qu’en octobre. Un camion de ramassage, d’une capacité de 300 tonnes/jour est sur les plots. Les 3 autres fonctionnent à un rythme ralentit. Les habitants et l’environnement encaissent. Eduardo Ruiz, dentiste, a payé 200 réais ses poubelles sélectives qui ne servent plus à rien. Les ordures qu’il sépare sont désormais remélangées dans les bennes tout venant de la voirie municipale !

 

 En novembre, l’association des trieurs d’ordures du Parc du Chat, au centre ville, regroupait 140 personnes. Il n’en reste que 60. Dont José Miguel qui s’accroche encore: quand il ramène une charrette pleine, cela fait 109kg de carton. C’est le fruit de la récolte d’un jour, qui lui rapporte maintenant très exactement 8,75 réais (2 euros !). « Avant, je gagnais à peu près 800 réais par mois. Maintenant je n’arrive pas à la moitié. Comment est-ce que je peux nourrir ma famille avec ça ? »

 

 Exporter la ferraille ?

 Les établissements qui récupèrent et traitent les déchets sont aussi à la peine. RFR Reciclagem à Sao Paulo, un des plus grosses entreprises du secteur cherche maintenant une issue dans… l’exportation du vieux fer. 15 tonnes sont parties ce mois vers la Chine, la Corée, le Vietnam, l’Inde et le Pakistan.  Soit la moitié des 22 tonnes de fer qu’elle a produit. C’est un phénomène tout à fait nouveau, estime Marcos Fonseca, le directeur de RFR Reciclagem : «habituellement, on manque de fer de récupération au Brésil. On a jamais exporté. C’est un processus compliqué et onéreux ».

 

 Cette inversion de tendance devant se prolonger, les entreprises de recyclage tentent maintenant de regrouper leurs exportations dans les mêmes containers, afin de faire baisser les coûts du transport. (Sources : O Globo, Estado de Sao Paulo, Gazeta Mercantil)

 

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