desmatamento4La forêt amazonienne se réduit à un rythme d’enfer, mais le Brésil est un exemple de bonne gestion de l’environnement. Le Brésil manque d’une  législation foncière efficace pour lutter contre le déboisement, mais il est numéro 8 mondial dans le ranking du combat contre le réchauffement climatique. Alors, ange ou démon, le Brésil, en matière d’environnement ? Allez comprendre le paradoxe ! Compilation et adaptation : Jean-Jacques Fontaine

Les seuls points sur lesquels tout le monde converge, c’est qu’on déboise trop en Amazonie, et que les multiples feux de forêts qui y sont allumé à cette fin forment l’essentiel du gaz à effet de serre produit par le Brésil chaque année. Au delà, sur la manière d’empoigner le problème, par exemple, c’est la cacophonie. Même chez les experts ès environnement. Quelques exemples :

17% du territoire amazonien détruit en 5 ans, mais Al Gore félicite le Brésil !

Un rapport, diffusé par le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) lors de la réunion de son Conseil d’administration à Nairobi, es 16 et 20 février, révèle qu’en 5 ans, de 2000 à 2005 17 % de la forêt amazonienne a été détruite au Brésil. C’est le plus gros « déboiseur » des 7 pays du bassin amazonien et seules 2 nations échappent à la condamnation : Le Pérou et le Vénézuela. C’est au modèle d’extraction dominant dans cet écosystème que s’attaque le PNUE, un modèle non durable, « où la richesse provenant des ressources naturelles est retirée de la région sans souci de réinvestissement. » Entendez, le Brésil n’a mis en place aucun programme de reboisement compensatoire digne de ce nom.

Deux mois plus tôt, Al Gore était l’hôte de la 14° Conférence des Nations Unies pour le climat à Pozdan (Pologne). C’était le 12 décembre, très exactement, et le Prix Nobel de la Paix 2007, célèbre pour son engagement pour la défense de l’environnement, se fendait d’un vigoureux éloge à l’égard du Brésil, « qui propose la mise en place d’un nouveau plan impressionnant pour faire face au déboisement ». Des propos faisant écho aux paroles prononcées dans ce même forum par Ban Ki Moon, le Secrétaire Général des Nations Unies, qui qualifiait l’économie du Brésil comme une des plus vertes du monde ! (Source : SRZD).

Moins 30% de CO2 d’ici 2017… à condition de contrôler le déboisement.

Le gouvernement brésilien vient d’annoncer fièrement la mise en place de son premier Plan National de Lutte contre le Changement Climatique. Comme l’a détaillé le Président Lula, le pays va devoir réduire de 40% ses émissions de CO2 d’ici 2017. Comme 75% de ces émissions proviennent du déboisement, il va donc falloir réduire celui-ci d’autant : 30% d’arbres coupés en moins, pour éviter la production de 4,8 tonnes de dioxine de carbone. Un effort gigantesque et difficilement réalisable dans les conditions actuelles.

Le gouvernement reconnaît en effet, par la voix de la Ministre d’Etat Dilma Roussef, numéro 2 de l’exécutif, qu’il est actuellement pratiquement impossible de poursuivre les coupables du déboisement illégal en Amazonie et d’y encourager le développement durable, par absence de législation foncière digne de ce nom. Sans cet outil, il est pratiquement impossible de cadastrer les titres de propriété et de légaliser les exploitations « conformes ». Hélas, rien n’est prévu, dans le Plan National de Lutte contre le Changement Climatique pour pallier à cette déficience. Et le problème ne se pose pas qu’en Amazonie, dans la dernière édition de son « Atlas de l’Etat de Conservation de la Forêt Tropicale Primaire Atlantique », l’Institut National de Recherches Spatiales (INPE) relève que ces 3 dernières années, les surfaces déboisées dans les zones métropolitaines de Sao Paulo, Rio de Janeiro et Vitoria (Espirito Santo) équivalent à 990 terrains de football ! (Source : RZD et Agência Brasil)

Le secteur forestier de l’Amazonie contribue pour 3,5% au PIB brésilien.

L’activité de bûcheronnage et de sciage emploie 232.000 personnes, en Amazonie et 147.000 en dehors. 6 millions d’emplois dépendent directement ou indirectement de l’activité forestière dans tout le Brésil, si on prend en compte les industries qui lui sont liées, comme le papier, la cellulose, ou la construction… Les chiffres datent de 2004. En comparaison, le secteur minier n’occupe que 14.000 emplois en Amazonie. L’industrie forestière est donc le plus gros employeur régional, devant l’élevage et l’extraction minière. Le chiffre d’affaire des 3132 exploitations réparties dans les 82 pôles forestiers délimités s’est monté à 2,3 milliards de US$ en 2004 et la valeur des exportations a passé de 381 millions à 943 millions de US$ entre 1998 et 2004 (6% du total des exportations brésiliennes). Cela fait du Brésil le plus gros producteur et le plus gros consommateur au monde de bois tropical.

Depuis quelques années, les techniques d’exploitation de la forêt ont changé. Les entreprises légales substituent progressivement aux méthodes archaïques et prédatoires d’abattage des espèces nobles, des formes de production basée sur une gestion durable des ressources régionales. Cette évolution est moins due à une prise de conscience environnementale qu’à un épuisement des bois nobles dans les principales régions de production de l’Est du Para et du Centre-Ouest du Mato Grosso. Ainsi, en 2005, la production extractive de troncs bruts n’était plus que de 14,4 millions de m3, contre 45 millions de m3 en 1990. Mais la valeur de ces 14 millions de m3 de bois noble abattus représente encore 83% de l’ensemble de la production du secteur. On est encore loin d’une industrie forestière durable en Amazonie ! (Sources : Chico Araújo, Envolverde / Agência Amazônia et PAS : Plano Amazônia Sustentável.)

Déboisement : L’INPE référence mondiale pour la surveillance.

Le Brésil est incapable de contrôler la destruction de ses forêts, mais il a su mettre au point le meilleur système de surveillance par satellite de l’état du déboisement. Un outil développé par L’Institut National de Recherche Spatiale, l’INPE, qui va devenir une référence mondiale. Début février en effet, des experts de 30 pays ont participé à un séminaire de transfert de technologie au siège de l’INPE à Sao José dos Campos, près de Sao Paulo. Parmi eux, l’Indonésie, le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Surinam, le Costa Rica et le Vietnam. A l’origine de cette rencontre, la création d’une « Coalition des pays forestiers » patronnée par l’Allemagne. Chacun des participants est reparti chez lui, muni des outils mis au point par l’INPE comme le DETER ( pour Détection du Déboisement en Temps Réel), afin de les adapter à leur réalité nationale. La mise en place d’un réseau mondial de surveillance du déboisement à partir des expériences brésiliennes sera un des thèmes-clés de la prochaine réunion sur le climat qui aura lieu à Copenhague en fin d’année. (Sources : Gazeta Mercantil, Globo)

Un site pour en savoir plus.

Voici pour compléter ces informations un site de référence très bien documenté (avec version en anglais) On y trouve des cartes actualisées des zones d’exploitation forestière en Amazonie et de l’état du déboisement: http://www.imazon.org.br


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