Aéroports en mains privées ; des prix qui gonflent et des ménages qui s’endettent ; São Paulo plus chère que New York ; feijoada chinoise ; vie des entreprises : Petrobrás, Blairo Maggi, expansion française

L’opération « privatisation des aéroports » a été lancée début février, les terminaux de Cumbica-Guarulhos à São Paulo, Viracopos à Campinas et de Brasilia ont été remis à des concessionnaires privés pour un montant global de 24 milliards de R$ (12, 6 milliards de CHF / 10,6 milliards d’€), soit 348% de plus que la mise initiale. C’est la première grande privatisation réalisée depuis 9 ans que le PT est au pouvoir et elle suscite déjà des polémiques.

Si le prix final est considéré comme correct (la mise  initiale avait été volontairement fixée bas par le gouvernement pour stimuler la concurrence), le modèle choisi dans lequel 49% des parts restent aux mains de l’Etat fait question.

D’autant qu’Infraero, l’organisme public qui gère les aéroports était le « vendeur » et va devoir débourser une coquette somme pour racheter au prix final sa propre part de participation de 49%, aux frais du contribuable. Par ailleurs, au sein des consortiums constitués pour l’enchère, les fonds de pensions des fonctionnaires de l’administration ou d’autres entités publiques comme Petrobrás occupent une place prépondérante.

Enfin la BNDES, la Banque Nationale de Développement Economique et Social, va financer 80% des travaux que devront entreprendre les nouveaux concessionnaires de ces aéroports d’ici la Coupe du Monde de Football de 2014, ils ne prennent donc pas beaucoup de risques financiers. Cela  fait dire à l’opposition qu’il s’agit « d’une privatisation trop étatisée ».

Autre souci, les grands opérateurs internationaux des hubs aériens comme Zürich, Singapour Huston ou Londres se sont retirés de l’enchère, car la concession ne permet pas comme ailleurs en Europe et aux Etats-Unis,  d’exploiter librement les environs des aéroports, pour y implanter par exemple des zones industrielles et commerciales. Certains doutent donc de la capacité de ceux qui ont remporté la mise, parmi lesquels figurent le sud-africain ACSA, le français Egis Airport Operation et l’argentin Corporacíon America à faire face aux dépenses nécessaires à la modernisation des aéroports pour la Coupe du Monde de Football 2014, malgré le coup de pouce de la BNDES.

Ces travaux concernent 12 terminaux (dont les 3 qui viennent d’être privatisés) et s’élèvent à 7,1 milliards de R$ (3,75 milliards de CHF / 3,15 milliards d’€)

Des prix qui gonflent et des ménages qui s’endettent

In extremis, le Brésil a réussi à contrôler son inflation et éviter de crever le plafond officiel fixé à 6,5% en 2011. Mais ce qui vaut pour le global n’est pas nécessairement vrai pour le particulier. Ainsi, d’année en année, les prix à la consommation grimpent beaucoup plus vite que l’inflation moyenne.

Entre 2007 et 2011, l’inflation accumulée a été de 27,05%, mais la viande de bœuf de première qualité a augmenté de 117%, les loyers de 42%, le parking de 58%, le salaire des employés de maison de 64%, les chaussures pour femmes de 55%… Ont par contre baissés, les prix de l’huile d’olive (- 23%), des assurances (-17%) des appareils téléphoniques et des téléviseurs (-34% et -45%), des items qui ne compensent pas  la hausse des autres postes dans un budget ménager.

Pas étonnant dans ces conditions, mais préoccupant, que l’endettement des ménages ait pris l’ascenseur au Brésil. Stimulés par les bons résultats de la croissance du pays, les consommateurs hésitent à se restreindre face à la hausse des prix et préfèrent encore s’endetter pour maintenir leur niveau de vie. En 2011, le volume total des emprunts a atteint 49% du PIB, presque la moitié de la richesse produite, en hausse de 19% par rapport à l’année précédente. Cela représente une lourde charge pour les ménages, le taux d’intérêt moyen des emprunts se situant à 37% en général, mais à 44% pour les personnes physiques.

São Paulo plus chère que New York

Une comparaison, réalisée par le journal « O Estado de São Paulo » sur le coût d’un dimanche ordinaire pour un new-yorkais et un pauliste, qui va faire une heure de musculation avant de manger un hamburger accompagné d’un verre de vin chilien, de vérifier ses emails sur un IPad en prenant un café et d’aller ensuite au cinéma révèle que le new-yorkais va payer tout cela bien moins cher que l’habitant de São Paulo ! En moyenne 15 à 20% de moins.

C’est aussi le cas pour qui veut acheter son logement, même si un appartement de 100m2 sur Upper West Side coûte 3 fois plus cher que son équivalent à São Paulo. « Mais les hypothèques sont bien meilleur marché aux Etats-Unis qu’au Brésil rappelle Marcello Allake, un avocat qui a passé 12 ans à New-York et vient de s’établir à São Paulo. On peut y financer une résidence en 30 ans, à 3% l’an, contre 13 ans au Brésil, avec des taux d’intérêt à 12% ». Le FMI confirme cette réalité, il signale qu’en 2011, le Brésil a été le seul des 150 pays en développement étudiés, où le coût de la vie en US$ était supérieur à celui des Etats-Unis.

Feijoada chinoise

C’est un peu ce que serait une fondue au gruyère taïwanais en Suisse. Une hérésie ! La feijoada, plat brésilien traditionnel, se cuisine désormais avec des haricots noirs… chinois ! 80% du feijão vendu actuellement à Rio de Janeiro est importé de ce pays parce que sa culture est en perte de vitesse au Brésil. Le soja et le maïs sont plus rentables, les agriculteurs arrachent donc les plants de feijão pour les remplacer par ces cultures.

En 2006, les surfaces ensemencées en haricots noirs au Brésil et en Chine étaient respectivement de 4 millions d’hectares contre 1,2 millions, aujourd’hui, la proportion s’est pratiquement inversée ! Et le feijão chinois vendu au Brésil après avoir traversé le Pacifique, est 180US$ la tonne meilleur marché que celui produit nationalement ! Humm…

Vie des entreprises : Petrobrás, Blairo Maggi, expansion française

Changement à la tête de Petrobrás,  Maria das Graças Silva va remplacer Sergio Gabrielli, CEO de la compagnie pétrolière d’Etat depuis 2005. Cette ingénieure chimiste est une proche de la Présidente Dilma Rousseff. Elle sera la première femme à prendre la tête d’un groupe pétrolier d’une telle importance. Auparavant, elle était  responsable du service Gaz et Energie de l’entreprise. Le Financial Times l’a récemment classée parmi les 50 femmes d’affaires en pleine ascension.

En son temps, Blairo Maggi était surnommé « l’empereur du soja ». Il était le plus riche producteur de cette légumineuse au Brésil. Gouverneur de l’Etat du Mato Grosso, il avait défrayé la chronique par son opposition tonitruante à la lutte contre le déboisement en Amazonie. Devenu Sénateur Blairo Maggi s’est convertit à l’écologie et a abandonné le soja pour le caoutchouc. Propriétaire depuis 10 ans d’une  plantation de 1’000 ha d’hévéas, il vient d’acheter à Michelin 10’000 autres hectares que la multinationale destinait à cette culture. Cela fait désormais de Blairo Maggi le premier producteur brésilien de latex et vraisemblablement le premier du monde. Blairo Maggi est désormais… le roi du caoutchouc !

Crise européenne oblige, les entreprises françaises s’intéressent de plus en plus au Brésil où la croissance génère une augmentation spectaculaire du nombre de consommateurs de la classe moyenne. Les firmes de l’Hexagone, qui jusqu’en 2007 dédaignaient l’Amérique latine, sont désormais 520 à avoir des filiales au Brésil, contre 436 seulement en 2010. Elles sont actives dans l’informatique, la santé, les machines industrielles et l’agro-alimentaire. De leur côté, les « grands », Accor, Peugeot-Citroën ou Danone, présents au Brésil depuis plus longtemps,  investissent dans de nouvelles lignes de produits destinés aux catégories plus modestes de la population qui accèdent au marché de consommation.